Parce que “j'ai moi-même souvent vu à la télé des scènes difficiles à supporter. Des types portant de larges combinaisons, en train d'extraire des corps d'un charnier. (…) Cela se passait toujours si loin, dans des pays à l'autre bout du monde. Mais en ce début d'avril 1994, le pays à l'autre bout du monde, c'est le mien”…
Parce que “l'essentiel pour chacun de nous est de ne pas passer à côté de sa vérité. Le reste… eh bien, le reste ne compte pas”…
Parce que “les troupes étrangères de l'opération Turquoise avaient campé, en toute connaissance de cause, au-dessus des charniers. C'étaient là de bien mauvaises manières. Avait-on donc cru, en agissant ainsi, qu'il manquait aux morts de Murambi le petit rien qui en faisait des êtres humains, avait-on cru qu'il leur manquait une âme ou quelque chose du genre ?“…
Parce que “près d'un million de morts en si peu de temps, c'était réellement unique dans l'histoire de l'humanité”…
Parce qu'après un génocide, seul l'art peut essayer de redonner du sens…
Parce que “Murambi, le livre des ossements” permet aussi de mesurer la responsabilité, souvent occultée, des puissances occidentales dans les grandes tragédies africaines…
Pour toutes ces raisons, et bien d'autres encore, il convient de lire l'ouvrage de Boubacar Boris Diop.
À déguster avec un kasiksi (bière issue de la fermentation de bananes) pour supporter un sentiment de malaise persistant.
“Murambi, le livre des ossements”, Boubacar Boris Diop, Éd. Zulma, 18,00 € pièce.
lundi 9 mai 2011
dimanche 8 mai 2011
Gaël m pas “M. le président”…
“Avec ce livre, je n'ai pas l'intention d'ajouter une pierre à toutes celles qui font déjà tas autour de Nicolas Sarkozy comme sur un terrain de lapidation”…
Et si, dès la quatrième de couverture, tout était dit ?… Et si sous couvert d'égratignures au demeurant fortes inoffensives on tentait de nous faire croire à l'avènement du Sarkozy nouveau ?… Et si sous couvert d'être le rédacteur en chef d'un magazine pas franchement tendre avec le président, F.O. Giesbert ouvrait le bal de la déferlante littéraire inhérente à chaque élection présidentielle en nous fourguant du Sarko 2.0 ?…
Un livre Canada Dry. Ce n'est peut-être pas de la pub, mais ça en a en tout cas l'odeur, la couleur et la saveur… Dommage pour F.O. Giesbert qui signe là quelque chose qui ressemble plus à une commande qu'à un livre. À moins qu'il n'ait quelque chose à se faire pardonner par le petit Nicolas…
À vrai dire, Giesbert est bien meilleur quand il nous raconte Mitterrand ou Chirac. Pas quand il rend compte d'une anecdote historique (“Que restera-t-il de Sarkozy quand les vers nous aurons tous mangés ? Sans doute pas grand chose, à l'aune du siècle. L'image d'un homme qui court après un train qu'il va rater”).
À feuilleter avec un Coca light bien frais en hommage au pensionnaire de l'Élysée qui préfère ce breuvage au Château Latour que l'auteur se proposait de lui faire goûter lors d'un dîner.
“M. le Président”, F.O. Giesbert, Éd. Flammarion, 19,90 € pièce.
Et si, dès la quatrième de couverture, tout était dit ?… Et si sous couvert d'égratignures au demeurant fortes inoffensives on tentait de nous faire croire à l'avènement du Sarkozy nouveau ?… Et si sous couvert d'être le rédacteur en chef d'un magazine pas franchement tendre avec le président, F.O. Giesbert ouvrait le bal de la déferlante littéraire inhérente à chaque élection présidentielle en nous fourguant du Sarko 2.0 ?…
Un livre Canada Dry. Ce n'est peut-être pas de la pub, mais ça en a en tout cas l'odeur, la couleur et la saveur… Dommage pour F.O. Giesbert qui signe là quelque chose qui ressemble plus à une commande qu'à un livre. À moins qu'il n'ait quelque chose à se faire pardonner par le petit Nicolas…
À vrai dire, Giesbert est bien meilleur quand il nous raconte Mitterrand ou Chirac. Pas quand il rend compte d'une anecdote historique (“Que restera-t-il de Sarkozy quand les vers nous aurons tous mangés ? Sans doute pas grand chose, à l'aune du siècle. L'image d'un homme qui court après un train qu'il va rater”).
À feuilleter avec un Coca light bien frais en hommage au pensionnaire de l'Élysée qui préfère ce breuvage au Château Latour que l'auteur se proposait de lui faire goûter lors d'un dîner.
“M. le Président”, F.O. Giesbert, Éd. Flammarion, 19,90 € pièce.
jeudi 28 avril 2011
Gaël m “Françoise”…
Nom : Gourdji… Prénom : Léa France…Née le : 21 septembre 1916 à Lausanne, Suisse…
Voilà pour les formalités administratives. Car par-delà cette brève fiche d'identité se cache une personnalité sol y sombra… Femme éblouissante qui fut tour à tour, dactylo de Gide, scripte de Pagnol et Renoir, journaliste au tout nouveau Elle, dénicheuse de talents, défricheuse d'idées (on lui doit le terme de “nouvelle vague”), engagée dans la lutte pour la décolonisation et contre la torture en Algérie, militante de la cause des femmes, co-fondatrice de l'Express et chroniqueuse au Nouvel Obs, première femme à la tête d'un hebdo, bourreau de travail en quête de perfection qui pouvait passer une journée entière à ré-écrire son édito avant de l'envoyer au marbre, auteur du “Bon plaisir” aux éditions Mazarine (!!!!), secrétaire d'état sous Giscard… Mais aussi femme de l'ombre avec ses fêlures et ses vérités tronquées. Une femme du siècle dernier qui dut assumer la disparition précoce d'un père absent, l'humiliation de se vivre en parent pauvre d'une famille aisée, la perte d'un fils, le déchirement amoureux, la dépression, le suicide, l'amour propre qui lui fit commettre des erreurs et une judéité occultée qu'elle finira par révéler au seuil de la mort.
Plus qu'une bio, le portrait d'une femme moderne entre ombre et lumière qui dessine les lignes de force d'une vie plutôt que de s'attarder ou remuer “un misérable petit tas de secrets”…
À déguster avec un Tom Collins (4cl de Bombay dry gin, 3cl de jus de citron, un trait de sucre de canne à compléter par de l'eau gazeuse).
“Françoise”, Laure Adler, Éd. Grasset, 22,00 € pièce.
Voilà pour les formalités administratives. Car par-delà cette brève fiche d'identité se cache une personnalité sol y sombra… Femme éblouissante qui fut tour à tour, dactylo de Gide, scripte de Pagnol et Renoir, journaliste au tout nouveau Elle, dénicheuse de talents, défricheuse d'idées (on lui doit le terme de “nouvelle vague”), engagée dans la lutte pour la décolonisation et contre la torture en Algérie, militante de la cause des femmes, co-fondatrice de l'Express et chroniqueuse au Nouvel Obs, première femme à la tête d'un hebdo, bourreau de travail en quête de perfection qui pouvait passer une journée entière à ré-écrire son édito avant de l'envoyer au marbre, auteur du “Bon plaisir” aux éditions Mazarine (!!!!), secrétaire d'état sous Giscard… Mais aussi femme de l'ombre avec ses fêlures et ses vérités tronquées. Une femme du siècle dernier qui dut assumer la disparition précoce d'un père absent, l'humiliation de se vivre en parent pauvre d'une famille aisée, la perte d'un fils, le déchirement amoureux, la dépression, le suicide, l'amour propre qui lui fit commettre des erreurs et une judéité occultée qu'elle finira par révéler au seuil de la mort.
Plus qu'une bio, le portrait d'une femme moderne entre ombre et lumière qui dessine les lignes de force d'une vie plutôt que de s'attarder ou remuer “un misérable petit tas de secrets”…
À déguster avec un Tom Collins (4cl de Bombay dry gin, 3cl de jus de citron, un trait de sucre de canne à compléter par de l'eau gazeuse).
“Françoise”, Laure Adler, Éd. Grasset, 22,00 € pièce.
Gaël m pas “Cristal Défense”… et encore moins “La face cachée des miroirs”.
De petits chapitres montés cut… Des personnages stéréotypés taillés à la serpe… Des entreprises plongées dans la guerre économique… Des campagnes de désinformation et des intérêts menacés… Des sabotages et du chantage… Des espions, des saboteurs, des barbouzes et des hommes de l'ombre… Une agence de sécurité économique où se déverse le flux continu des CNN, Fox News, Al Jazeera et autre LCI… Une directrice d'officine qui, entre deux réunions, scrute les écrans de surveillance d'Heathrow et Charles de Gaulle… Des OGM et une guerre dont l'enjeu est la suprématie alimentaire… Des relents plus ou moins nauséabonds de complot universel… Tels sont les ingrédients des deux premières saisons de cette série littéraire, ersatz de “24 heures” à la française qui n'en a ni le goût, ni la saveur. Dommage. D'autant plus qu'Aristee me rappelle une world company grâce à laquelle j'ai pu goûter aux crayfishes sud-africains…
À feuilleter avec un bidon de Roundup 3 Plus 540ml.
“Cristal défense” & “La face cachée des miroirs”, Catherine Fradier, Éd. Au Diable Vauvert, 20,00 € pièce.
À feuilleter avec un bidon de Roundup 3 Plus 540ml.
“Cristal défense” & “La face cachée des miroirs”, Catherine Fradier, Éd. Au Diable Vauvert, 20,00 € pièce.
samedi 23 avril 2011
Gaël m “Tu verras”…
Loin des maisons avec des tuiles bleues, des croisées d'hortensias et des palmiers plein les cieux, cette dernière livraison de Nicolas Fargues nous emmène au pays des pourquoi, des comment et des à quoi bon. Comment être père aujourd'hui et “savourer ce miracle banal” de l'enfant en vie, de l'enfant qui grandit ?… À quoi bon ces heures passées à lui reprocher sa tenue, ses jeans trop grand portés sous la ceinture, ses caleçons apparents, son langage de djeunes et son peu d'intérêt pour les visites au musée ?… Pourquoi tous ces fais-pas-ci-fais-pas-ça, ces ne-parle-pas-la-bouche-pleine, ces tiens-toi-bien-à-table-et-ne-réponds-pas-à-ton-père ?… À quoi bon les “c'est pour ton bien que je dis ça” quand on pourrait tout simplement consacrer son temps à l'aimer ?… Par-delà les reproches et les tentatives d'éducation se posent les vraies questions. Que donner ou laisser à nos enfants ? Que leur transmettre et comment vivre avec eux ? Comment non pas vouloir leur bien mais simplement les aimer bien ? Comment accepter d'un enfant qu'il grandisse, qu'il a lui aussi droit à sa part de liberté et d'émancipation ? Au fond, Nicolas Fargues ne nous pose qu'une seule question… “C'est bizarre l'amour parental. Aimer son enfant, est-ce aimer un autre que soi ou bien continuer de s'aimer soi-même, mais sans s'accabler de la mauvaise conscience d'être égoïste ?”…Un texte éblouissant. 208 pages fortes comme la mort…
À déguster sans rien car l'essentiel se suffit à lui-même.
“Tu verras”, Nicolas Fargues, Éditions P.O.L, 15,50 €.
jeudi 14 avril 2011
Gaël m “Maestranza”…
Un jour, a las cinco de la tarde, j'ai emmené ma fiancée à la Real Maestranza de Caballeria de Sevilla après un détour par la bodeguita Hijos de Morales (Calle Garcia de Vinuesa)… Un autre jour, cette même fiancée, entre temps devenue une inconditionnelle de Castella, a eu la bonne idée de m'offrir un livre sur ce temple du “temple” andalous. Car ici l'on torée, contrairement à Madrid où l'on travaille. Un temple où Zocato aimerait tant mourir en regardant une corrida… Une plaza où certains ne venaient que pour une demie-véronique de Curro Romero… Un ruedo où votre voisin de droite a été peone et votre voisine de gauche concierge du matador du jour… Une arène où le silence vaut toutes les broncas de toutes les arènes du monde… Bref, un bien joli livre de photos sur ceux qui se jouent la vie et ceux qui les regardent en communiant avec eux…
À déguster avec un verre de manzanilla La Guita pour la soif et un autre de fino La Ina pour la route.
“Maestranza”, Aitor Lara, Éditions Real Maestranza de Caballeria de Sevilla, Muséo Taurino Shop (954212080).
“Maestranza”, Aitor Lara, Éditions Real Maestranza de Caballeria de Sevilla, Muséo Taurino Shop (954212080).
samedi 9 avril 2011
Gaël m “Ce que j'appelle l'oubli”…
60 pages et une phrase…
Comme une fulgurance, un souffle. Un souffle coupé et trop vite éteint par des vigiles au milieu des boîtes de conserve, sur la dalle de ciment d'une réserve de supermarché. Un souffle étouffé pour avoir bu une bière sans payer. 60 pages pour dire le prix d'une vie et le souvenir. 60 pages pour ne pas oublier qu'un jour de décembre 2009 une personne y a laissé sa vie à La Part-Dieu...
À déguster avec une Kro à la santé de nos amis les vigiles.
“Ce que j'appelle l'oubli”, Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit, 7,00 €.
Comme une fulgurance, un souffle. Un souffle coupé et trop vite éteint par des vigiles au milieu des boîtes de conserve, sur la dalle de ciment d'une réserve de supermarché. Un souffle étouffé pour avoir bu une bière sans payer. 60 pages pour dire le prix d'une vie et le souvenir. 60 pages pour ne pas oublier qu'un jour de décembre 2009 une personne y a laissé sa vie à La Part-Dieu...
À déguster avec une Kro à la santé de nos amis les vigiles.
“Ce que j'appelle l'oubli”, Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit, 7,00 €.
lundi 4 avril 2011
Gaël m pas “La carte et le territoire”…

Il y a des jours comme ça où je me lève en me disant : “Mon p'tit Gaël, arrête d'être con, fais preuve d'ouverture d'esprit”… Ce jour-là est arrivé il y a peu de temps. Je me suis donc habillé et précipité chez mon libraire préféré (Librairie du Tramway, 92 Rue Moncey, Lyon 3ème) pour acheter… (roulements de tambour) le dernier Houellebecq !!! Car, je dois l'admettre, entre le p'tit Michel et moi, les rapports sont plutôt tendus. C'est vrai que depuis “Les particules” et “L'extension du domaine de la lutte” j'ai démissionné, ne ratant jamais une occasion de railler celui qui se rêve en Céline 2.0 et qui n'est au final qu'une Enid Mary Blyton au masculin (créatrice de “Oui-Oui” et du “Club des cinq”). Mais bon, ce jour-là, particulièrement bien disposé, j'avais décidé de dépasser mes vulgaires préjugés. D'autant plus que son dernier ouvrage lui avait valu une critique dithyrambique dans Les Inrocks (“Roman total, bilan de l'état du monde, labyrinthe métaphysique sidérant de maîtrise”…) et le Goncourt 2010 accessoirement. Armé de bonnes intentions à son encontre et d'une margarita de derrière les fagots, j'entamai donc la lecture de cet hypothétique chef-d'œuvre que j'achevai quelques heures plus tard. Résultat, encéphalogramme plat. Rien, que dalle, nib, même pas le début d'une érection. Ce qui selon certains, dont je tairai le nom par bienveillance, se promettait d'être une réflexion sur l'art, l'argent et la notoriété s'est révélé être aussi palpitant qu'une enquête de Derrick. C'est dire... Non content de s'incarner en artiste, enquêteur, chien et solitaire n'attendant plus rien du genre humain, le p'tit Michel ose se mettre en scène et imaginer sa propre mort. Loin de moi l'idée d'être grossier ou vulgaire, mais comme le disait un autre Michel : “Les cons ça osent tout, d'ailleurs c'est à ça qu'on les reconnaît”… Bref, une chose est sûre, si le p'tit Michel a réussi à décrocher le dernier Goncourt, c'est à l'usure, pas au talent. Fin de la discussion.
À oublier très vite avec une autre margarita (45 cl. de téquila reposado José Cuervo, 15cl. de Cointreau, 15cl. de citron, 15 cl. de citron vert et un trait de sucre de canne)
“La carte et le territoire”, Michel Houellebecq, éd. Flammarion, 22,00 €.
dimanche 3 avril 2011
Gaël m pas “Le léopard”…

Si Harry Hole, son alcoolisme et ses démons sont bien de retour, il semblerait que Jo Nesbo se soit perdu en route. Quelque part entre Hong-Kong, Oslo, Bergen et le Congo… Tant ces incessants déplacements n'apportent pas grand chose à l'histoire. Tant le thème de la chasse au serial-killer semble vu et re-revu. Tant le rapport au père mourant, l'évocation récurrente de son ex et l'idylle avec son inspectrice relèvent plus du cliché que d'autre chose. Tant on sait que Harry Hole a du mal avec la vie en général et les autres en particulier qu'il semble un peu vain de nous le répéter à chaque fois… Tant les références au “Bonhomme de neige” sont nombreuses et encombrantes. Tant on a le sentiment, après 760 pages, d'un Jo Nesbo en manque d'inspiration. Si cela devait être une suite au précédent opus, c'est raté. Dommage et un peu chiant comme un jour de pluie sans gin-tonic...
À déguster avec un verre (ou plus) de Jim Beam pour se consoler de ce rendez-vous manqué…
“Le léopard”, Jo Nesbo, éd. Série Noire Gallimard, 21,00 €.
vendredi 1 avril 2011
Gaël m “La blessure, la vraie”…

La Vendée avant le tsunami et Philippe de Villiers… Bégaudeau dit les blessures de l'enfance, les angoisses de l'adolescence, le regard de l'autre, Madonna touched for the very first time, les chaussettes Burlington, la peau grasse, l'acné, les tee-shirts improbables d'Ivan Lendl, l'obsession du pelotage, l'urgence du dépucelage, le “Final Countdown” d'Europe, les premiers poils pubiens et les premiers joints, les amours d'un été dont on se souvient toute sa vie, les doutes, la peur de ne pas y arriver, le mystère des filles, les canons et celles que l'on tripote un soir de bal sur la plage, les parties de babyfoot, la connerie des mecs entre eux, le rêve d'un autre monde, d'une terre moins terre à terre, la France des années 80 (lire à ce sujet le premier roman de Gaëlle Bantegnie chez Gallimard)… Bref, Bégaudeau raconte celui ou celle que l'on a été un jour ou l'autre…
À déguster avec un Cacolac bien frais…
“La blessure, la vraie”, François Bégaudeau, éd. Verticales, 19,00 €.
dimanche 27 mars 2011
Gaël m “Little Big Bang”…

Mazel tof ! On connaissait l'humour juif en général, moins celui de la jeune garde littéraire israélienne. C'est aujourd'hui chose faite avec cette fable. À partir d'un régime amaigrissant à base d'olives, et d'un olivier qui pousse dans l'oreille de celui qui tente de perdre du poids, sont évoqués la Shoah et ses survivants, les rapports homme/femme, l'amour maternel, les palestiniens, les colons et les territoires occupés. Rien que ça. Mais derrière cette fable décalée où l'auteur aborde bon nombre de sujets d'actualité se cache un récit qui prête à sourire voire à franchement rire. À travers cette famille israélienne moderne et cet olivier “colon” qui pousse en territoire étranger se dessine une société empreinte de convictions et de contradictions. Une société en mutation qui commence peut-être à comprendre qu'il serait grand temps d'accepter l'autre aussi différent et éloigné de nous soit-il...
À déguster avec un Mont Hermon blanc du plateau du Golan (toujours occupé par Israël malgré la condamnation du Conseil de sécurité des Nations Unies)…
“Little Big Bang”, Benny Barbash, éd. Zulma, 17,50 €.
À déguster avec un Mont Hermon blanc du plateau du Golan (toujours occupé par Israël malgré la condamnation du Conseil de sécurité des Nations Unies)…
“Little Big Bang”, Benny Barbash, éd. Zulma, 17,50 €.
vendredi 4 septembre 2009
Gaël m pas “Bella Ciao”…

Il en va de certains livres comme des corridas de “figuras”…
Ces corridas du vendredi en Arles à l'approche de Pâques qui réunissent ce qui se fait de mieux question maestros (vivement Castella le 12 septembre en Arles et le 26 à la Real Maestranza !!!).
On ouvre le livre, fébrile, excité comme à 6 de la tarde, certain d'assister au spectacle du siècle, si assuré de voir pleuvoir orejas et rabo… Et puis… Et puis rien ! Silence, sifflets et bronca.
On ferme le livre comme on sort des arènes dans ces moments-là. Blessé, amer, frustré et prêt à sombrer dans le Fino. Et pourtant, c'est bien ce même matador que l'on a vu ciseler des faenas d'antologie à Valence ou Madrid… Et pourtant, c'est bien ce même Holder que l'on a vu, seul dans l'arène, face à “Mlle Chambon” ou “L'homme de chevet”…
Oui, mais voilà… Aujourd'hui n'était pas le jour…
Pourtant, l'aficionado était là, fidèle au rendez-vous depuis 1996, persuadé que son maestro-écrivain allait, une fois de plus, l'émouvoir. Et que dire de l'histoire-toro qu'Holder se proposait d'affronter ? Un écrivain-acoolique-ouvrier-agricole en quête de rédemption.
Oui, mais voilà… Pas d'étincelles, ni d'émotion. Nada. Un peu comme ces toreros qui récitent leurs gammes, tirent le nombre de passes syndicales et empochent le chèque avant de retrouver finca, épouse et Andalousie.
Il faut bien se rendre à l'évidence, “Bella Ciao” c'est lisse et triste comme un après-midi sans duende. Dommage…
Retenons néanmoins la lettre à sa fille qui vaut le détour. Mais 9 pages sur 147, vous conviendrez que c'est un peu léger quand on s'appelle Holder...
Bref, un rendez-vous manqué.
À déguster avec un ou deux verres de Lagavulin 16 ans d'âge avant de finir la bouteille pour oublier…
“Bella Ciao”, Éric Holder, éd. Seuil, 16,00 €.
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lundi 31 août 2009
Gaël m “New York Fantasy“…

Pourquoi se donner la peine de lire “New York Fantasy”?…
Parce que premier roman.
Parce qu'Antonin Arthaud : “J'aimerais me suicider mais avant cela je voudrais être sûr d'être en vie. Et rien ne prouve que je le suis, donc le suicide est exclu”.
Parce que Mick Bowery = Bukowski.
Parce Sky Line, Washington Square, Lower East Side ou Chelsea Hotel.
Parce que Suzanne et Leonard : “Suzanne takes you down to her place near the river / You can hear the boats go by / You can spend the night beside her”…
Parce qu'à New York le présent n'a pas le temps d'exister.
Parce qu'entre Hudson et East River tout n'est que nostalgie ou souvenirs.
Et parce que 120 pages c'est bien pour commencer en douceur la rentrée littéraire.
Bref, peut-être pas indispensable, mais agréable.
À déguster avec une Indiana Pale Ale de la Heartland Brewery (Fulton St./South Street Seaport).
“New York Fantasy”, Olivier Jacquemond, éd. Mercure de France, 13,50 €.
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dimanche 30 août 2009
Gaël m “Un Roman Français”…

Et si Beigbeder était un escroc ?…
Et si Beigbeder avait passé ses premiers livres à raconter “un homme que je ne suis pas, celui que j'aurais aimé être, le séducteur arrogant qui faisait fantasmer le BCBG coincé en moi ?”…
Et si Beigbeder n'était plus “cet homme en ballotage, bâti sur pilotis : ni fondation, ni sous-sol ?” mais désormais un homme en quête d'ancrages ?…
Et si Beigbeder cessait d'être puéril pour se construire et écrire “c'est à dire enfin parvenir à me libérer de moi-même ?”…
Et si Beigbeder abandonnait le slogan pour la phrase vraie ?…
Et si Beigbeder délaissait, une fois pour toute, les paillettes de la night pour écrire ce livre que toute sa vie il avait évité d'écrire, pour nous parler “de la vie que j'ai vécue” et écrire “Un roman français” ?…
Et si Beigbeder avait raison lorsqu'il prétend “qu'écrire c'est lire en soi” ?…
À vous de juger.
Quant à moi, mon choix est fait.
Un écrivain est né. Enfin ! Grand ? À lui de nous le prouver...
Comme quoi la coke peut révéler l'homme à lui-même.
À déguster sans modération avec un rail de colombienne ou une vodka-pomme pour les plus raisonnables.
“Un roman français”, Frédéric Beigbeder, éd. Grasset, 18,00 €.
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samedi 29 août 2009
Gaël m “Romanzo Criminale“…

Romanzo Criminale c'est l'histoire de Rome…
Sauf qu'ici la louve est une pieuvre…
Sauf qu'ici Romus et Romulus s'appellent le Libanais, le Froid, le Dandy, le Buffle ou Œil Fier…
Une bande de bras cassés sans foi ni loi qui tue, tire, torture, braque et rackette dans le seul but de mettre la ville éternelle à leurs pieds…
Romanzo Criminale c'est l'histoire de flics qui couchent avec les maîtresses des voyous et de “combinazione” entre Mafia, loge P2 et services secrets…
Romanzo Criminale ça sent la pizza, la poudre, la coke, la sueur, l'huile d'olive et le sexe.
Bref, une certaine Italie.
À déguster sans modération avec un verre de Lacryma Christi.
“Romanzo Criminale”, Giancarlo De Cataldo, éd. Points Policier, 8,50 €.
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dimanche 23 août 2009
Gaël m les “Carnets Taurins”…

De la Real Maestranza à Las Ventas, des comiques taurins à Sébastien Castella, de l'Inter Continental de Medellin à l'hôtel Yoldi de Pampelune, de Lupe Sino à l'hôpital de Linares, des papillos Santa Elvira de Cordoba aux pan bombons Conde Torres Cabrera, des Miuras aux Victorinos Martin, des oubliés du ruedo aux figuras et autres maestros, de la taberna Antonio Sanchez de Madrid au bar Goal d'Irun, des tendidos aux barreras… vous apprendrez pourquoi en Andalousie on torrée alors qu'ailleurs on travaille.
De chroniques en chroniques, le monsieur es-toros y toreros de Libé vous convie à un périple en tauromachie.
Vingt ans de souvenirs et d'anecdotes, de triomphes et de broncas, de paseo et de faena qui traduisent l'émotion ou la peine que chaque aficionado ressent dans les arènes. Qui disent pourquoi le temps s'arrête parfois à 6 de la tarde quand on va à los toros.
Vingt ans d'articles qui racontent petites et grandes histoires du Mundillo et donneront peut-être envie à ceux qui n'y sont jamais allés de pousser un jour la porte des arènes.
Bref, à lire pour enrichir sa culture tauromachique ou essayer de comprendre “le grand souffle du mystère taurin”.
À déguster sans modération avec un verre de Fino Tio Pepe.
“Carnets Taurins”, Jacques Durand, éd. Atelier Baie / Actes Sud, 45,00 €.
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samedi 22 août 2009
Gaël m l'open space qui tue…

Si vous vous demandez encore pourquoi…
…il est primordial d'avoir toujours l'air “charrette” et de courir sans cesse dans les couloirs avec de préférence un dossier sous le bras, même si vous n'allez qu'aux chiottes.
…on rêve tous d'un bureau fermé.
…l'accueil s'appelle désormais “lounge”, la machine à café “K-fête”, les couloirs des “espaces de rencontre” et les salles de réunions des “espaces de communication”.
…tout le monde surveille tout le monde.
…l'open space dans lequel vous bossez s'est mué en open stress.
…les cadres n'encadrent en définitive plus qu'eux-mêmes.
…en plus de son boulot, il convient de travailler sa “courbe de maturité”.
…Facebook permet de s'inventer un personnage qui plaise à son boss.
… certains collègues divorcent à force d'être des “crackberries”.
…il est mal vu de se plaindre au risque de passer pour un dangereux révolutionnaire.
…les week-ends “team-building” se finissent en week-ends dé-motivation.
…le “time-sheet” est un vrai “time-shit” et s'apparente plus à un bracelet électronique qu'autre chose.
…le stagiaire est un modèle économique à part entière.
…les cadres refusent les promos et sont de plus en plus candidat au licenciement négocié.
…lisez “L'open space m'a tuer”, vous comprendrez.
Bref, un manuel de survie des temps modernes.
À déguster sans modération avec, selon votre situation professionnelle, un Red Bull ou un Xanax.
“L'open space m'a tuer”, Alexandre Des Isnards & Thomas Zuber, éd. Hachette Littératures, 16,50 €.
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vendredi 21 août 2009
Gaël m “Le Touriste“…

Dans la vie, il y a deux sortes de touristes.
Ceux qui s'obstinent à camescoper en plein soleil leur famille devant le pont du Gard ou arpentent le Bairro Alto sans lever le nez de leur Lonely Planet et puis ceux qui, de Paris à Francfort, de Genève à Austin et de Venise à New York, manipulent, tabassent ou dessoudent les petits rigolos qui ont le tort de faire de l'ombre à la CIA.
Bien entendu, Milo Waiver appartient à cette dernière catégorie. Enfin appartenait. Car après avoir été un agent sans foyer et sans identité, Milo coule aujourd'hui des jours heureux au siège new yorkais de l'Agence et retouve chaque soir femme et enfant du côté de Brooklyn. Jusqu'au jour où…
Jusqu'au jour où le tueur à gages, qui a tenté de le flinguer quelques années plus tôt à Amsterdam, lui révèle qu'il se serait peut-être lui aussi fait couillonner par ceux de Langley.
Voilà donc notre Milo rattrapé par son passé et contraint de renouer avec une vie faîte de mensonges, de trahisons et de manipulations en tous genres… Une vie où vos collègues de travail sont peut-être chargés de vous éliminer. Une vie où faire confiance aux autres relève de l'illusion…
Conclusion, “Le Touriste” réussit l'amalgame de tous les ingrédients d'un bon roman d'espionnage. Mais, à la différence d'un Littell ou Le Carré, le livre de Steinhauer retrace aussi et surtout l'histoire d'un homme en quête d'humanité, prisonnier de sa condition et de son destin. Le tout sur un rythme haletant, rythmé par des scènes taillées au scalpel. Une histoire résolument moderne soutenu par un style sans concession et d'une grande qualité littéraire.
Bref, Steinhauer réinvente le genre.
À déguster sans modération avec une Zubrowka glacée.
“Le Touriste”, Olen Steinhauer, éd. Liana Levi, 22,00 €.
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mercredi 19 août 2009
Gaël m “Fuck America”…

Vous ne le saviez peut-être pas, et pourtant c'est important…
Fante et Bukowski ont eu un enfant. Il s'appelle Edgar Hilsenrath. Et Edgar, eu égard à ses prestigieux géniteurs, a eu la bonne idée d'écrire une petite merveille de 296 pages répondant au doux nom de “Fuck America”. Bon, d'accord… mais pourquoi Fuck l'Amérique ?…
Fuck l'Amérique parce que Jakob Bronsky hérite d'une carte verte demandée par son père qui sentait les nazis se rapprocher, mais qu'un obscur consul lui avait refusée au nom des sacro-saints quotas…
Fuck l'Amérique parce qu'en 1952 on trouvait plus de clodos, de paumés, de putes et de maqueraux à Times Square que d'écrans lumineux à la gloire de Sony ou Budweiser…
Fuck l'Amérique parce que le pays de la liberté ressemblait déjà plus à une jungle qu'au paradis promis ou rêvé…
Fuck l'Amérique parce qu'aucun éditeur n'accepte de publier un auteur écrivant la nuit dans une caféteria juive à l'angle de Broadway et de la 86ème…
Fuck l'Amérique parce qu'ici il est difficile, voire impossible, d'obtenir un rendez-vous avec une dame, si laide et vieille soit elle…
Fuck l'Amérique parce que les histoires d'amour de Jakob se résument donc à des branlettes sous la couette avec le cul d'une secrétaire comme unique horizon sentimental…
Fuck l'Amérique parce que l'on est souvent contraint de piller le frigo de son voisin et de mendier des jobs de merde pour survivre…
Fuck l'Amérique parce que le pays de l'oncle Sam reste sourd aux “problèmes d'un écrivain allemand d'origine juive dans un pays étranger, un pays que je ne comprends pas et qui ne me comprend pas”…
Fuck l'Amérique parce que 60 ans après, rien n'a fondamentalement changé. On peut vivre aux US à condition de ne pas être un looser…
Fuck l'Amérique parce que, quoiqu'on en pense et quoiqu'on en dise, la terre de Steinbeck, Hemingway et consorts n'en finit pas de nous faire rêver…
Et fuck l'Amérique parce que s'il n'en avait pas autant chié, Hilsenrath n'aurait peut-être pas écrit à l'heure qu'il est la première ligne de “Fuck America”…
Bref, incontournable et fondateur.
À déguster sans modération avec une root beer Domont's achetée au coin de la 8ème et de la 45ème…
“Fuck America”, Edgar Hilsenrath, éd. Attila, 19,00 €.
http://gaelmoupas.blogspot.com
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